Il avait mal au ventre. Il n'a rien pris au petit déjeuner. 
Il ne disait pas grand chose mais je savais.
Nous sommes montés dans la voiture, nous avons roulés jusqu'à la destination prévue. 20 minutes de trajet.

Puis nous sommes arrivés. 
Je me suis garée et il a crié qu'il ne voulait pas y aller. Qu'il n'irait pas. Les larmes sont arrivées comme un torrent sur son petit visage appeuré.

Je le savais que ça allait se passer comme ça. Je ne suis jamais totalement prête même si je sais exactement que ce sera si dur pour lui.

Je lui demande de sortir de la voiture mais c'est déjà de trop. Il se cache, saute de gauche à droite, se cache dans le coffre en hurlant et en me suppliant de le garder avec moi. Ce n'est pas un caprice. C'est une détresse. Il est terrorisé et perdu. Il déteste l'inconnu. Les foules, les enfants qu'il ne connaît pas. Il déteste les premières fois. Il lui faut un temps d'adaptation très long. 

Mais on n'avait pas le temps. Tout ce que je pouvais faire c'était de le rassurer tout en l'accompagnant jusqu'à son groupe et son moniteur de stage. Pendant que les autres enfants attendaient sereinement que les activités débutent, le mien me suppliait toujours pour rentrer à la maison, la tête enfuie contre moi, comme pour occulter ce qu'il se passait autour de lui.
Mon coeur de maman était broyé. Comme à chaque fois. Mais je tenais bon. Je voulais courir avec lui jusqu'à notre voiture familiale et lui dire qu'on avait réussi à s'échapper. Mais ce n'était pas lui rendre service. L'empêcher d'avoir peur n'était pas la solution. Il fallait affronter tout ça... à deux ! Je suis restée plus longtemps que les autres parents, je l'ai accompagné jusqu'au vestiaire, j'ai attendu et souffert. 

Pourquoi ? Pourquoi lui ? Pourquoi mon  garçon était encore le seul dans un état pareil ? Pas de réponse. Juste des larmes et de la peur. Comme d'habitude.

J'ai envie de pleurer mais je me retiens. Je veux être forte pour deux.

Alors je lui promets de tout mon être qu'il va s'éclater comme jamais. Je lui promets qu'il va adorer et que tout va bien se passer ! Je lui promets une belle journée. Je lui demande de me faire confiance.
Mes mots soufflent sur lui comme une brise. Ce n'est pas suffisant pour le moment mais je le lui répète quand même. Je continue à être ce vent qui ne cesse de lui dire qu'il va gérer et que ce sera une belle journée.

Mais je dois partir. Il est temps. Je signale aux moniteurs qu'ils vont devoir le tenir. Rien que ça. Comme si je l'abandonnais. Comme si je le confiais à des tyrans. 

"Tenez le svp sinon ça n'ira jamais..." 

Un dernier baiser, un câlin et un je t'aime avant de disparaître.

Mes larmes ont été assez patiente. Elles se déversent dans un sentiment de tristesse que seules les mères peuvent comprendre.

Même si je savais qu'il allait retrouver le sourire et son énergie, ce fut plus fort que moi. J'étais plongée moi aussi dans un mal-être éphémère. Mon  fils aîné, mon sensible, mon bébé...!

J'ai décompté les heures pour les retrouvailles. Je voulais avoir raison. Je voulais que ma promesse se réalise et qu'il passe une journée fantastique.

Alors à 16h30, quand je me suis avancée devant les grilles et que j'ai aperçu son moniteur.. . j'ai plongé mon regard dans le sien pour lire en lui la réponse à ma question. Il n'a pas eu besoin de me parler. Il a levé les pouces en l'air. C'était bon ! Mon coeur a commencé à se réparer. 

Il jouait sur la pelouse avec son nouveau copain. Il est arrivé avec un sourire qui voulait tout dire. J'avais eu raison de lui promettre que tout irait bien. J'avais cru en lui. Je savais qu'il allait surmonter ses craintes.

Mon timide, mon sensible, mon angoissé. Je ne voulais pas de ça pour toi mais c'est comme ça ! Tu es comme ça et je t'aime comme tu es. Je voulais juste que tu sois libre et insousciant. Je voulais que tu aies 6 ans tout simplement. Je voulais que tu n'aies peur de rien. Pas comme moi. Mais finalement nous nous ressemblons beaucoup mon trésor...

-"C'était trop cool maman ! Tu avais raison... !!!!!"

Et mon âme entière s'est liquifiée de bonheur.