*Texte écrit pour un concours sur un thème imposé par la Maison De La Francité*

 

Moi Présidente.

 Je sentais que je devais les remotiver. Elles n’étaient pas sûres d’elles. Encore moins Marie qui pensait que le seul rôle de sa vie, c’était d’être l’esclave de ses 4 gamins et de son mari.


-       « Bon les filles, je voulais qu’on se parle de la semaine écoulée. Si ça s’était bien passé, ce que vous avez fait ou pas… Marie ? Tu veux commencer ? »

 Et voilà qu’elle commençait à se tortiller les fesses sur sa chaise. Je suis certaine qu’elle ne voulait rien dire. Mais elle avait voulu ce changement. Il fallait continuer. Je n’étais pas là pour rien quand même.

Marie se décida à parler. Enfin.

 « Je… je ne pense pas que ce soit bien ce qu’on fait Lili. On voulait retrouver notre place de femme, pas se comporter comme des hommes. J’ai l’impression que mes enfants me détestent… je me déteste ! »

 « T’es sérieuse ??? Parce que ta place c’est dans la cuisine en train de faire des crêpes ???Comme un homme ? C’est-à-dire ? Non mais développe, qu’on se marre un peu ! Comme un homme ?? Mais ça veut dire quoi ? Que tu t’es éclatée sans tes gosses ? Que t’as pensé à ta gueule avant de torcher tes mômes ? Mon dieu t’as osé faire ça ? »

C’était Lucy. 30 ans. 3 enfants. Au bord de l’explosion. Elle avait rejoint notre groupe après avoir balancé un coup de poing dans la tronche de son homme. La goutte d’eau de trop. Un quotidien étouffant. Pas d’aide. Des enfants collés à elle en permanence. Elle a craqué. Elle a dit que c’était trop. Qu’elle n’était pas que ça. Elle a eu raison. Elle se perdait. Complètement.

 « Lucy, je ne suis pas comme toi ! T’as envoyé chié ta vie, tes enfants, ton mec, ton boulot ! T’es une malade c’est tout. » répondit Marie vexée.

Lucy était une femme de convictions. Elle allait souvent au bout des choses. Et elle était fière d’avoir pris cette décision. Celle d’être une vraie femme !

« Je n’ai rien fait de mal. J’ai simplement arrêté d’être celle qui attend son mari rentrer tard le soir. J’ai arrêté d’être le seul phare de mes enfants. J’ai arrêté de ne penser qu’aux autres et de m’oublier. J’ai arrêté de me laisser crever de l’intérieur. Je suis une femme putain ! Et toi… t’es quoi Marie ? »

Marie pleurait. Ce n’était pas facile de bousculer nos habitudes. Se lever contre des principes ancrés dans nos cerveaux conditionnés par une société. Ce n’est pas facile d’aller à l’encontre des autres, de refuser de rentrer dans les cases bien ordonnées dans lesquelles on nous oblige à aller. C’est pour ça que j’ai créé cette assemblée. Pour que les mères cessent de n’être que ça. Je voulais qu’elles retrouvent ce qu’elles étaient avant de pondre pour la première fois. Parce que je n’ai vu que de la tristesse et l’oubli de soit. Je n’ai pas vu de femmes épanouies. Non. Que des mères qui attendent. L’heure du bain. Des devoirs. Du mari qui rentre… ou pas. Ces femmes attendent. Elles ne faisaient plus que ça. Comme moi…

Les maris n’approuvaient pas ces changements si soudain qui venaient bouleverser leur confortable existence. Terminé la jolie épouse, sage et obéissante derrière les fourneaux chaque soir, terminé les vendredis à regarder la série du moment. Chacun à l’autre bout du canapé. Non le changement avait eu lieu. C’était difficile pour tout le monde mais on le faisait bien.  Dans la douceur, dans la communication, dans l’amour… enfin on essayait.

 Julie leva la main pour tenter de s’exprimer à son tour.

« Je voulais rassurer les nouvelles. Vous avez peut-être l’impression de fauter. De bafouer vos maris et vos enfants. D’être de mauvaises mères mais je voulais vous demander ce qui avait changé depuis que vous êtes arrivées ici ? Parce que je suis certaine qu’il y a eu des beaux moments, des instants magiques… que vous avez sûrement retrouvé quelque chose en vous qui était écrasé, muré, dites moi que vous riez une fois par jour, au moins une seule fois…  »

Bizarrement, les autres filles souriaient. Paisiblement. Je pense qu’elles profitaient des changements qu’elles avaient provoqués. Parce que c’était ça. Elles avaient pris leur destin en main. Elles avaient arrêté d’attendre que ça arrive, que les gens changent, que la vie leur offre un cadeau sur un plateau d’agent. Elles avaient enfin décidé d’être les actrices de leur vie. Elles étaient plus rayonnantes et plus déterminées que la première fois qu’elles avaient bu le mojito que je leur tendais en guise de bienvenue.

 La plupart des mamans qui avaient décidé de concilier leur vie de femme et de mère, avaient trouvé un équilibre. Je ne nie pas que certains maris n’ont pas supporté. Ils sont partis. D’autres ont abandonné la lutte qu’ils préparaient et sont devenus des colocataires, s’échangeant des banalités, des fantômes se croisant dans les pièces d’une maison triste. Puis il y a ceux qui comprennent. Qui soutiennent leur femme. Qui se remettent en question. Ceux là ont permis à leur femme, de s’ouvrir, de retrouver un peu de folie… ils sont retombés amoureux finalement. 

Pourtant, il ne s’agissait pas d’une guerre que nous menions contre les hommes. Mais d’une révolution pour retrouver la paix, l’harmonie et l’équilibre nécessaire à l’épanouissement de la femme.

Comme elles, j’ai souffert dans l’ombre, espérant du changement. Pensant que lui aussi allait voir l’importance d’ouvrir un journal de classe, d’aller les chercher à l’école, de faire passer son travail après sa famille, de temps en temps. Je pensais qu’il allait se poser des questions. Se demander si ses enfants étaient heureux, s’il passait assez de temps avec eux, s’il était un bon père comme je me demandais sans cesse si moi j’étais une bonne mère.

Comme elles, j’ai sacrifié ma vie de femme. J’ai commencé à sortir de moins en moins. Puis plus du tout. Puis parfois, tout en me demandant si je faisais bien. J’ai fait la petite femme parfaite. Qui faisait tourner les machines mais qui se demandait sans cesse, ce qui allait faire tourner ma tête et mon cœur…

Comme elles, je regardais l’heure tourner. Les aiguilles avançaient mais moi je restais bloquée. Les pieds enlisés dans un quotidien banal, bateau, bidon. Tellement chiant.

Comme elles, j’ai espéré que demain serait meilleur… et chaque matin je préparais les cartables avec cette même nostalgie et tristesse.

Alors j’ai décidé que je ne pouvais plus continuer comme ça. Et que si moi j’étais dans cet état, d’autres aussi devaient l’être. Alors j’ai créé ce lieu, cette réunion chaque vendredi soir dans le sous-sol de ma maison. Comme un abri secret où le monde pouvait changer. Un moment de liberté où tout était possible. Une bulle de rêve pour un avenir meilleur.

 Nous avons bouleversé nos rituels, nos habitudes, le confort si terne de nos vies…

Nous avons dit stop aux diktats. Stop à nos maris qui ne ne nous voyaient plus. Stop à cette routine de merde qui faisaient mourir les femmes petit à petit.

On s’en est pris plein la gueule c’est vrai. On s’est disputé avec nos hommes. Les enfants n’ont pas supporté que leur mère toujours là, puisse s’envoler vers d’autres horizons. Nous avons eu peur de tout perdre en voulant juste un peu plus. On s’est demandé si ça valait la peine de faire tout ça. On a voulu arrêté. Faire machine arrière. Redevenir un petit mouton bien au chaud dans sa bergerie…

Mais nous avons dit non. Nous avons refusé de dire non au bonheur. Après tout, on n’avait qu’une seule vie nous aussi. Il fallait en profiter. Maintenant.

Pourquoi était-ce à nous de toujours penser à la boîte de fromage à acheter pour le bricolage du cadet ? Pourquoi était-ce à nous de toujours se taper les rendez-vous chez le pédiatre, les sorties d’école, prévoir les tartines sans beurre pour l’aîné, au salami pour le cadet pour la sortie du mercredi après-midi. Pourquoi serions-nous les seuls soldats dans ce combat ?

On voulait bien se battre… mais pas seule. Plus seule.

Pourquoi notre travail, notre ambition, nos envies passeraient toujours au second plan ? Parce que nous avons donné la vie ? Parce que le fait d’avoir un utérus, faisait de nous quelqu’un de moins performant, moins enclin à être heureux, moins femme ?

Nous étions conscientes que ces hommes n’étaient pas moins investis que nous. Ils avaient juste pris la place qu’on leur laissait. Une grande porte ouverte entourée de culpabilité.

On leur avait laissé cette place. Ils l’ont donc prise naturellement pensant que tout allait bien comme ça. Tout roulait. Pourquoi changer tout ça ?

Les femmes sont fortes pour encaisser. Mais un jour, la carapace commence à devenir fragile, laissant apparaître des brèches… des portes d’entrées au moindre soucis.

Des blessures qui feront doucement mal, un peu plus fort chaque jour jusqu’à ce que la douleur transperce votre âme. C’est à ce moment là que tout ce que vous avez enduré, ressort. Comme un torrent. Vous ne supportez plus rien. Pas même le « maman j’ai soif » à 8h du matin.

Vous n’allez plus supportez la façon dont votre homme vient d’ouvrir le frigo. Ni le bruit. Les disputes. Les cris. Les week-ends dédiés à l’organisation familiale. Vous n’allez plus supportez de n’être que la mère de. Vous allez crier, hurler, pleurer. Souvent. Beaucoup. Vous allez avoir l’impression de ne plus respirer, de tourner en rond et de perdre chaque seconde de votre existence.

 

Je ne voulais plus être juste la maman qui attend.

Alors je suis devenue la femme qui bouge.

 Je suis devenue Présidente de ma vie !