Mardi, 22 mars 2016.

J'ai déposé mes enfants à l'école comme chaque matin. Fatiguée mais sereine. Ma routine matinale.

Je suis rentrée. Je me suis préparé un petit déjeuner vitaminé.

Je me suis assise dans mon fauteuil pour le déguster et savourer ce moment de calme.
J'ai allumé la télévision par réflexe.

Je n'ai pas compris. Je n'ai pas réalisé.

Le mot explosion inscrit en bas de l'écran, la fumée, l'aéroport de Zaventem... tout cela n'était pas vrai. Est-ce une fiction ? 
De quoi parlent-ils enfin ? 
Je n'avais pas bougé.
Je n'ai pas bu mon café.

Les mots résonnent. Ils font mal.

Explosions à l'aéroport de Zaventem.

Et j'ai compris. Je ne voulais pas comprendre mais j'y ai été obligée.
Les réseaux sociaux se déchaînent. Les infos passent en boucle pour nous montrer l'horreur.
Putain ça recommence...! Putain mais c'est chez moi ! Dans mon pays !

Ce n'est pas possible. Pas chez nous. Pas dans notre aéroport. Pas ici. Pas dans ces lieux où j'ai flâné. Où j'ai voyagé et pris l'avion. 

Pas le temps d'assimiler les évènements, que j'apprends qu'une autre explosion s'est produite dans un métro de la capitale.
Quelle horreur. Est-ce vraiment en train de se passer. Est-ce vraiment en train d'arriver ??? Je crois que oui... le sang, le cri, la fumée et les journalistes témoignent de la tragédie qui se passe. 

Je suis toujours devant ma télévision et j'ai peur.

J'ai peur pour les autres. Peur pour mes amis, mes connaissances, ma maman qui travaille dans le centre de Bruxelles

J'ai peur pour mes enfants, pour tous les enfants du monde qui vont devoir vivre dans ce monde. Quel monde ? Quel monde nous leur laissons ? Une terre de merde sans doute. J'ai honte. Et puis non. Je n'ai pas honte, je n'ai rien fait moi bordel !

Je vous la laisse... la honte,  à vous qui n'êtes rien. On ne le répètera jamais assez mais nous allons nous relever. 
L'arme des faibles n'est-t-elle pas la violence ?

Nous, on vous défie avec nos sourires, notre bonne humeur et notre joie de vivre. Oui on vous défie avec nos putains de drapeaux et nos démonstrations d'humanité. Ce sera toujours plus puissant que tes coups de Kalash. Des balles qui font semblant de cacher votre ignorance. Mais ça ne cache rien. Vous n'êtes rien...

On va continuer à baiser et à boire ! On fera la fête jusqu'au bout et tu sais quoi ? On t'emmerde ! Je sais bien que ce ne sont que des mots jetés au vent. Mais je les écrits quand même. Parce qu'on peut encore le faire. On peut penser et s'exprimer librement ! Tu vois, nous on pense !

On est debout avec nos idéaux et notre liberté. Celle que tu méprises tant.

On est debout avec nos valeurs ! Celles que tu as perdues en jouant avec les vie des autres. 

On est debout, fier, courageux mais surtout nous sommes humains... mais ça tu ne dois plus savoir ce que c'est!!

Mais ce soir... quand j'ai embrassé mon fils aîné pour lui souhaiter une belle nuit et qu'il m'a demandé du haut de ses 6 ans, ce qu'était un attentat... j'ai eu de la colère et une profonde tristesse !

Je voulais préserver mes enfants. Je voulais leur cacher cette partie noire du monde. Oui j'avoue ! Je pensais que j'avais réussi à les protéger de tout ça. Je ne pensais pas devoir un jour répondre à cette question. En tout cas, pas maintenant ! Pas comme ça. Pas à 6 ans...

Comment expliquer ce qu'est un attentat à un enfant?

-"Il y a eu pleins de morts et des bombes hein maman"

Putain mais il en sait des choses. Je pensais qu'il ne savait rien. Qu'il n'avait rien entendu. Trop tard, il sait. 

-"Mais chéri, pourquoi tu me parles de ça maintenant... seulement maintenant ?"

-"Je sais pas. Mais je n'ai pas envie d'aller là bas ! Heureusement qu'on est ici sinon... on va être mort !"

Je sais que je n'ai plus le choix. Que je vais devoir mettre des mots sur ce qu'il se passe et répondre à leurs interrogations... 

Demain soir, nous nous rassemblerons sur la place de notre village pour marquer notre soutien avec une bougie et une craie mais tout notre amour.
Demain soir, je pourrai dire à mes enfants, que nous sommes bien plus armés, bien plus forts, bien plus unis que ces fous sans âme.