Je me souviens parfaitement du moment où mon gynéco m'a parlé de ces fameux clips.
J'avais encore les pieds dans les étriers.

Il prend un ton solennel pour m'expliquer que c'est son devoir de m'informer qu'il est possible de poser des "clips" au niveau des ovaires pendant qu'il effectuera la césarienne. Il rajoute que vu mon jeune âge, il est vraiment contre cette possibilité mais il dit aussi qu'une 4ème césarienne serait risquée. Je le calme tout de suite, je ne compte pas créer une équipe de foot !

Je n'écoute plus vraiment ce qu'il me raconte. Je suis complètement d'accord pour qu'on me ligature les trompes. 

Je me rhabille et je rentre chez moi avec cette idée bien ancrée dans mon cervelet. J'en parle à mon homme qui est d'accord. 

3 enfants, c'est un beau nombre. 

La grossesse avance et mon gygy remet le couvert avec ça. J'ai l'impression qu'il est plus tracassé que moi par cette alternative. Il essaie de m'en dissuader mais je suis toujours partante ! Et là il m'expose une drôle de situation.

-"Vous êtes tellement jeune pour subir ça. Imaginez... et je ne vous le souhaite vraiment pas mais imaginez que votre mari est en voiture avec vos 3 enfants et qu'il se passe un terrible accident. Peut-être que vous allez rencontrer l'amour plus tard et que vous voudriez des enfants..."

J'ai envie de lui demander s'il a pris des substances illicites... je suis un peu sur le cul.

Je suis enceinte. Comment puis-je imaginer un tel scénario. Les hypothèses c'est bien mais moi je suis sur le terrain. C'est moi qui suis enceinte et qui vais devoir se faire ouvrir le bide une troisième fois. C'est moi qui vais passer des nuits blanches et des matins noirs. C'est moi qui vais affronter le torrent d'une famille nombreuse... pas lui. Je veux ces clips. POINT BARRE !


Il me demande de revenir avec mon homme. Il doit signer un papier pour marquer son consentement et venir en parler avec lui. 

Pas de problème. Comme si je n'étais pas capable de prendre une décision. Nous revenons à deux. L'affaire est vite réglée. Les papiers sont signés et nous sommes d'accord tous les deux. Le gynéco nous explique qu'une réunion entre les médecins, psychologues, gynéco aura lieu et qu'ils débateront sur mon cas.

Plus tard, il me dira que la moitié de l'assemblée était d'accord avec mon choix et que l'autre moitié avait dit non. Trop jeune ! 27 ans et 3 enfants... mais trop jeune. Ils préfèrent peut-être que je repeuple le Brabant Wallon ou que je fasse une hémorragie utérine... je ne sais pas. Mais je comprends. Ce n'est pas une décision que l'on prend un samedi matin devant son pain au chocolat. Mais j'allais mettre au monde mon 3ème garçon. Je pensais que c'était assez. Que mon corps ne devait plus endurer ça. Que moi-même je n'allais plus avoir le courage de faire plus que ça. Trois garçons bordel! Mettez-moi ces clips putain !

13 avril 2014, Papa Ours m'accompagne à la Clinique. La césarienne est prévue le lendemain matin.

L'euphorie, l'excitation, le stress me fait oulier cette histoire de clips.
Je pense surtout à cette nouvelle aventure, ce bébé arrivé bruquement mais que j'ai tellement hâte de découvrir. Je pense à la rachi et cette césarienne dont je connais les douleurs. Je pense à mes deux enfants que j'ai dû caser chez des amies exceptionnelles. Je pense à tout sauf à ça.

Mon homme patiente avec moi jusqu'au soir. Je file ensuite sous la douche pour un petit bain à l'isobétadine.

Je ne vais pas bien dormir du tout. Le lit trop étroit pour mon coussin d'allaitement et mon ventre gonflé à l'hélium me fera passer une jolie nuit blanche. 

8h. Ma voisine de chambre part pour le bloc. Elle subira aussi une césarienne. C'est son premier bébé. Je lis toute l'angoisse d'un premier accouchement sur son visage. Je suis contente d'être déjà passée par là. 

Mais je reste stressée par la césarienne. Une opération reste une opération et je n'arrive pas à l'occulter. Je caresse mon ventre, comme pour lui dire adieu et merci d'avoir été un nid douillet pour ce petit oiseau.

Les brancardières arrivent enfin. C'est mon tour.
Papa Ours m'embrasse tendrement. Il pourra enfin assister à la naissance de son enfant. Je suis tellement heureuse qu'il puisse être là.
J'arrive au bloc. Il fait froid. On s'active. On me place les élèctrodes. L'anesthétiste est encore une fois super sympatique. C'est agréable ! Le produit commence à faire effet. Je me sens partir. Comme si on m'écrasait. Je n'ai plus aucun contrôle. J'ai envie de dormir. L'effet de la rachi. Mon gynéco arrive et me salue. 

-"Alors Madame, on met ces clips ou pas ?"

-"Je vais vous faire passer une belle journée... mais non on n'en met pas !"

Je ne sais pas pourquoi j'ai répondu ça. Comme si je lui faisais un cadeau ! Comme si le fait de ne pas me faire ligaturer les trompes allait changer sa vie. Il était soulagé. C'est vrai. Mais je pense que prendre une décision d'une telle ampleur sur une table d'opération ce n'est pas idéal. J'ai dit non. Influençée par tout ce qu'il m'avait dit. J'ai dit non merci comme un enfant qui répond à son instit. J'ai dit non comme si c'était une erreur. Je ne sais pas à quoi je pensais quand j'ai refusé. Mais on est vite passé à autre chose. Et moi je me suis reconcentrée sur l'importance du moment... mon fils qui allait arriver !

Alors il a commencé son travail. Et mes trompes sont restées indemnes. 


Et toi ? As-tu eu recours à cette méthode contraceptive ? Qu'en pensez-vous ?