Je ne pensais jamais écrire sur le sujet. Je pensais que ça n'arrivait qu'aux autres. Aux adolescentes naïves, aux femmes mais les autres. Pas moi. Comme les cancers, on croit que ça n'arrive qu'aux autres. On pense que le malheur ne nous touchera pas. Et pourtant hier, j'avais les jambes sur les étriers. Le moral à terre. L'âme détruite en une seconde.

J'ai sûrement pris la bonne décision. Pour moi. Pour mes enfants. Pour mon avenir peut-être. Sûrement. Je le sais. Disons que je le savais. Aujourd'hui c'est trop frais, je le sais. Je ne suis pas capable de raisonner. De penser sereinement. La douleur est poignante. Un mal-être profond s'est installé en moi. Je suis éteinte.

J'ai pris cette décison comme si je montais sur la chaise électrique. Mais je l'ai quand même faite. 

J'espère que ce 30 novembre ne reviendra pas comme un boomerang acide tous les jours de ma vie. J'espère que je vais m'apaiser et reprendre le cours de ma vie. J'espère ne pas avoir les larmes aux yeux quand j'y pense. Comme si on pouvait tirer un trait à la latte. Hélas. Je ne peux pas. Je voudrais seulement qu'on efface cette journée de ma mémoire... pour toujours.

Je suis en colère contre moi-même mais aussi contre l'homme qui partage ma vie. Ma culpabilité je la rejette sur lui. Lui qui n'a pas voulu me soutenir car il était contre mon choix. Lui qui voulait absolument un enfant de plus alors que je gérais déjà seule ma tribu de trois garçons. Lui qui m'avait promis monts et merveilles quand j'étais enceinte de Kinder Surprise. Que du vent. Il a remis les mêmes arguments sur la table pour ce début de grossesse. J'ai vu rouge.

J'ai surtout vu ma patience s'envoler, ma carrière ne jamais exister. J'ai vu les histoires du soir, les devoirs, les bains, l'école, la lecture, l'apprentissage, le jeu... j'ai vu tout ça fait par moi. Pas par lui. J'ai vu sa nervosité. Son impatience. J'ai vu que j'étais seule à penser à tout. Pendant que lui se préoccupait de la poussière, de la vaisselle à faire, je faisais de la peinture avec nos enfants.

Putain, range ton balai de merde. Joue avec eux. Arrête de laver le sol et regarde tes mômes. C'est pas de ton détergent dont ils se souviendront. C'est de toi à leur côté. C'est ta présence, ton sourire, tes câlins. C'est ça qu'ils veulent. MERDE !

Je vais pas relire ce que je vous écris. Je te préviens déjà. Je balance tout comme ça. Tant pis. Pardon pour les fautes, pardon pour les redondances et la destructuration.

J'ai juste l'impression de faire semblant que tout va bien aller... 

Aller rechercher les enfants à l'école, faire les devoirs, le repas, leur donner un bain. Les regarder avec amour. Demander pardon au petit être qui n'a pas eu la chance de vivre. 

Ma maman n'arrête pas de me dire que je me torture. Que je suis maso. Mais j'ai décidé d'arrêter une vie... ça me bouffe. Je peux pas passer au dessus de ça. Ne venez plus me dire que ce n'était rien. Qu'une cellule. Quelque chose sans émotions et pas encore vraiment définit. Pour moi c'était mon bébé... déjà.