7ème jour à Màlaga.
La triathlète du groupe nous propose de faire une petite randonnée.
En acceptant (même avec joie), je ne m'attendais pas à ressentir mon coeur battre dans ma gorge.
J'étais plutôt motivée ! Oubliant même que je n'étais pas faite comme elles.
Pourtant, j'aurais dû le prévoir, surtout quand la dame à l'accueil de l'Office du Tourisme avait prononcé "difficult" dans un anglais aromatisé à la sangria, en me regardant. Si si elle me regardait. Comme un appel. Pour me prévenir que je n'allais pas kiffer ça du tout ! Mais j'étais confiante même si il est vrai que la veille, j'avais déjà eu un petit aperçu en visitant le charmant petit village à Frigilinana. Avec ses ruelles aux dénivelés impressionnants, j'avais l'impression que mes mollets allaient se déchirer sous l'effort. Je pesais alors une tonne! 

Nous avons trouvé le début du chemin grâce au panneau GR qui nous indiquait la route à suivre : Sentier Frigiliana. Fuente del Esparto. 

Une pente se dessinnait sinueusement devant nous pour accéder au Parc Naturel. 
Mes ischios-jambiers ont dû se réveiller subitement d'un coma profond pendant la descente afin de me retenir de rouler jusqu'en bas, là où la faune et la flore sauvage nous attendait.

Chaussée de mes baskets de running (qui me rappelaient encore une fois que j'avais abandonné la course à pied), je me sentais bien, confortable et pleine d'énergie. Mais c'était sans compter sur un corps non entraîné et un mental de larve hémiplégique.

LA grande blonde prenait déjà de l'avance suivie des autres gazelles. Fines et élancées. Elles volaient littéralement sur les cailloux du sentier. 50 kilos à transporter. Seulement. Des jambes interminables et une condition physique de médaillé d'or.
Elles marchaient gaiement devant moi puis la distance s'est installée... allongée. Je me sentais un peu seule. J'étais seule. Derrière. Même si elles m'attendaient un peu plus loin, je ne les voyais plus. Et je dois vous avouer que psychologiquement, ce n'était pas évident. L'impression d'être un boulet qui s'enfonce dans les marais. Putain de corps. Mental de merde.

C'est de ta faute ma grosse me disais-je pendant que je tentais de mettre un pied devant l'autre. Maintenant tu comprends ce que tu as fait à ton corps ! Les pâtisseries, les assiettes trop remplies et ton gros cul qui a usé le canapé à la place de remuer tes cellules adipeuses. Fallait bien le payer un jour. 

En plus, c'était légèrement en pente. La pente qui ne se remarque pas... mais que tu sens. Jusque dans le bas du dos. Un dos qui en a ras-le-bol de porter si lourd et qui souffre aussi.
Je ne sais même pas te dire si la randonnée en valait la peine vu que je fixais mes pieds pour éviter de trébucher. Manquerait plus que je me casse une dent ! Je fais quoi là, sans dent et sans réseau pour appeler un dentiste en urgence ? Pfff !

Se concentrer, ne pas craquer ! On avait à peine démarré mais c'était déjà trop. On avait dit une petite randonnée... et plus j'avançais, plus je me disais qu'il allait falloir refaire le chemin inverse. Et rien que d'y penser, j'avais envie de pleurer.

Alors j'ai pleuré. Dignement. Seule. J'ai frotté les larmes qui commençaient à se pointer et je me suis ressaisie. J'ai rattrapé le groupe. J'ai vu une des gazelles me sourire. Pensant sans doute que tout allait bien. Alors je n'ai pas pu m'empêcher. 

"Non mais on fait une pause ou pas en fait?"

Elle m'a sourit à nouveau. Je crois qu'elle n'a pas compris. Je pense même qu'elle s'imaginait que je devais gérer le truc.

Alors j'ai dû sortir l'artillerie lourde.

"Ah ben voilà, fallait le dire qu'on allait marcher 14 km! On avait dit un truc facile. Mais ça va! Vous voulez marcher. On va marcher!!! (J'accélère la cadence pour marquer le coup). Fallait juste me prévenir et je ne serais pas venue! Je vous avais dit qu'on n'avait pas le même niveau!!!!!!!"

Le tout entrecoupé de sanglots digne d'un enfant de 4 ans à qui on demande d'aller ranger sa salle de jeux alors qu'il chiale en criant "c'est trop duuuur"!

Les biches en short se sont arrêtées. Surprises et désolées. Pourtant je l'étais plus qu'elles. J'étais furieuse contre moi-même en fait. Je m'en voulais de ne pas réussir. D'être lourde. Sans énergie. Sans force. Je me sentais simplement prisonnière d'un corps qu'il fallait porter. Et qui était bien trop lourd pour moi.