J'ai franchi le cap. J'ai inscrit mes mouflets (du moins les deux grands) à des cours de natation. Pour qu'ils apprennent à nager tu comprends (si un jour j'ai envie de les balancer dans la mer agitée... il pourront s'en sortir malgré tout).

Je savais néanmoins que ça allait me coûter un bras (deux côtes, un utérus et trois reins... oui bon on en a que deux mais un troisième serait utile pour la facture) mais il fallait le faire. Je ne voulais plus que mon grand peureux de tout, se tétanise chaque fois qu'il devait aller à la piscine avec son école et surtout ... se gâcher les vacances. Oui je te le dis ! Un enfant qui refuse d'aller se baigner, ou de s'amuser dans l'eau... c'est pénible. Je vais pas te mentir. Bref, il faut qu'ils sachent nager. C'est essentiel ! Si j'avais su, je me serais prostituée avant d'avoir des enfants pour prévoir ces dépenses exceptionnelles mais voilà, j'avais pas le corps qu'il fallait. 

Bref, tout ça pour te dire que ça y est. La mère que je suis (c'est-à-dire BORDELIQUE et PAS ORGANISEE) a réussi à programmer ça ! Tous les vendredis après l'école, j'emmène mon trio de playmobile dans une petite piscine privée, chauffée (merci le rein droit), calme, encadrée par des moniteurs au top ! Je vais même appeler celui qui s'occupe de Numéro 1 : UN DIEU ! 

La première séance de Number one, a été une source d'angoisse. Je le connais mon phobique. L'heure avancait, ça allait être son tour. Son regard a changé quand il a su que le quart d'heure de jeux se terminait et que le vrai travail allait commencer... maintenant. Il voyait son petit frère dans les profondeurs abyssales avec un sourire que lui n'aurait pas. On le savait tous les deux!
Il a mis ses doigts en bouche, signe de stress intense et il est revenu vers moi, répétant que non il n'irait pas. Les larmes sont arrivées et mon anxiété aussi... !

J'avais envie de lui dire que vu que je n'avais plus de rein, fallait quand même qu'il rentabilise le truc. Il fallait qu'il plonge ses petites pommes en guise de fesse dans l'eau. Non t'es obligé mon grand. Je t'ai laissé faire cette crise à l'essai foot mais c'était gratis tu vois. Là, chaque seconde que tu passes hors de l'eau, c'est mon banquier qui passe sa tête.

Bref, j'ai pris la main de mon fils en lui répétant quand même que tout allait bien se passer, vraiment. Qu'il allait apprendre à nager. Je l'ai mis dans le petit bassin où il avait pied et j'ai demandé à ce charmant moniteur d'y aller ! Je faisais sûrement un peu militaire à la retraite avec mes pieds nus mais avec Nathan... fallait y aller au forcing. Pas de demi-mesure, pas de compromis. Pas cette fois !

Il s'est accroché au bord comme une moule à son rocher. J'avais peur. Pas pour mon grand. Non. Peur qu'on laisse tomber. Qu'on n'ose pas brusquer mon petit ange blond. Alors que moi, sa maman, je sais. Je connais son histoire, ses peurs et comment faire pour qu'il avance. Faut y aller. Tomber et se relever. 

Mais le moniteur l'a relevé en douceur. Avec un arrosoir il lui faisait couler de l'eau sur l'épaule tout en le rassurant. Il l'a pris dans ses bras. Les yeux bleus de mon fils étaient encore humide mais il s'est agrippé à son cou en guise de bouée. 

Et puis ils sont parti tous les deux. Nathan lui a fait confiance et il a bien fait. Son sourire est réapparut et le mien aussi. Même si je n'avais plus de reins, j'avais au moins la joie et la fierté. Et qu'est-ce que j'étais fière de lui. Oui j'étais tellement fière. Mon phobique faisait confiance à quelqu'un et avait osé. C'était juste le premier pas. Le plus difficile, le plus instable. L'inconnu. 

Depuis cette première fois, il ne se passe pas un jour où il me demande de sa voix claire et enjouée " c'est quand qu'on a piscine ? Combien de dodo encore ?".  Alleluia !