"Jeudi, apérooooo ???"

"Ohhh yes !!"

Le rendez-vous est pris. On peaufinera les détails plus tard, faut y aller. Tout le monde embarque dans sa voiture familiale, retour à la baraque. Oui enfin, moi je dois d'abord récupérer mes deux autres garçons. Partez devant les filles, vous y serez avant moi de toute façon.

Avec deux autres mamans, on a instauré ce petit "apéro party", il y a 1 an pour se retrouver, pour papoter, boire un coup (deux trois bouteilles en fait), manger un truc sympa et se détendre les tétons pendant que nos enfants s'instruisent sur les bancs de l'école.
Cette fois, nous avions décidé de squatter Le Bois Des Rêves afin de profiter des derniers rayons de soleil.

Plutôt paradoxal d'aller siroter du rosée dans une plaine de jeux sans enfants. Enfin sans les nôtres en tout cas. D'ailleurs, les rares parents présents nous regardaient étrangement. Faut dire que 3 nanas en train d'étaler leurs bouteilles de vins sur une table de pic-nic dans une aire de jeux ça fait désordre. On s'en fout ! On est bien là !

La dernière fois qu'on s'est retrouvées à lâcher les bêtes dans cet endroit, c'était au mois d'août.  On avait beaucoup rit. Juste à côté de nous, un couple et leurs deux enfants s'étaient installés. La famille modèle s'invitait alors sous nous yeux dans un incroyable cliché d'une famille parfaite... ou pas comme nous !

Madame, tenait fièrement un panier en osier pendant que monsieur installait une nappe sur la table en bois. Rien que ça on hallucinait déjà.
Une bouteille en verre se dressa alors au centre, contenant sûrement une citronnade bio récoltée le matin même dans son potager. La porcelaine, les couverts, le vin, les assiettes... tout était là. 

-"Ah oui quand même, y a du niveau là !!! Manque plus qu'elle nous sorte la tarte aux myrtilles et c'est bon !" dis-je à mes copines, déjà mortes de rire.

Faut dire qu'on avait oublié le kit de survie ce jour là : de l'eau et des biscuits pour nos petits diables, sous peine de les voir mourir là tout de suite, maintenant dans d'atroces souffrances... alors bon on repassera niveau organisation. 

Le temps de l'avoir dit, voilà que Caroline Ingalls sort de son élégant panier... une tarte ! Si je te jure. Oui bon, peut-être pas aux mirtylles, d'ailleurs de ce que je voyais, ça ressemblait plus à de la rhubarbe mais elle était là, nous faisant envie comme jamais. Elle l'avait sûrement préparée avant que ses enfants ne se réveillent ce matin, vers 5h après avoir fabriqué son pain pour le petit déjeuner familial. Elle gère la meuf ! Elle gère tellement que je n'ai jamais entendu le son de la voix de ses enfants. Heureusement qu'ils ont bougé les bras sinon j'appellais les secours ! (oui je suis jalouse et alors ?).

Fou rire garanti. Du coup avec les filles, on avait décidé de recopier ironiquement un peu le tableau de la parfaite petite famille pour ce jeudi.
Val a apporté une délicieuse nappe où nous avons pu déposer tout notre garde-manger : tarte (nous on en avait même deux ! Toc !), fromages, baguette, salade, coupes en plastique, couverts et surtout... à boire ! Véro a sorti les couteaux, les assiettes en cartons garnies de petits pois et moi mes flûtes de champagne. On y était presque ! Caroline Ingallais allait nous envier !

Le Crémant scintille dans ma coupe, bercé par la douce chaleur d'un soleil généreux (oui en même temps il n'a pas scintillé longtemps, j'avais soif moi). Mhmmm, un nectar se glisse dans ma bouche. C'est si bon. Surtout à 11h du mat. Oui 11h c'est encore le matin en fait. Mais pas pour nous. Quand on a des enfants, c'est jamais trop tôt pour recevoir des bulles.

Quand on se retrouve, c'est l'occasion de discuter de tout et de rien. Bien sûr on parle souvent de nos enfants. C'est un peu la table ronde. On se lâche, on dit ce qu'on pense, ce qu'on a sur le coeur, ce qui ne va pas, de notre vie en général.
Il y a des rires, des larmes, des frissons, des pensées... des émotions qui nous traversent. Mais une seule chose en commun : l'amour que l'on porte à nos enfants mais aussi la difficulté que l'on rencontre dans l'éducation. 

Elles n'ont qu'un enfant. Une fille. Tu vois, je sais m'entourer hein. Tout pour me rappeler que moi hein, ils n'auront jamais de belles tresses et de sandales trooooop mignonnes ! Bref. Elles n'ont qu'un seul enfant mais elles rencontrent les mêmes difficultés que moi malgré tout. Oui d'accord, moi c'est 3 fois plus de difficultés mais quand même. On est dans le même bâteau même si mon navire est vachement plus bruyant !

-"Elle m'a déjà fait pleurer".

Je souris et je lui dis "Mais si tu savais le nombre de fois que j'ai pleuré !!!" (Je ne sais pas si je peux lui dire d'ailleurs !)

Nous ne sommes pas des machines. Nous sommes faillibles, humaines, sensibles, vivantes. Avec une âme, une sensibilité, un vécu. Un être qui a des besoins aussi et qui ne peut pas être fort chaque seconde qui passe. Oui on pleure. Oui nous sommes parfois à bout. Oui c'est dur d'élever des enfants. Bordel, c'est tellement dur en fait !

On se pose des questions sans arrêt. Est-ce que j'ai bien fait ? Ne devrais-je pas plutôt faire ça ? Pourquoi je crie comme ça ? Je n'aurais pas dû lui dire ça. Je n'ai pas été patiente. Je suis fatiguée. On se compare, on compare nos enfants alors qu'on sait qu'il ne faut pas mais c'est plus fort que nous. Et ça nous met une pression de dingue. On culpabilise tout le temps aussi. C'est usant. 

Puis pas de répit quand on est parent. 

Devenir maman, c'est apprendre chaque jour, faire des erreurs mais être capable de se relever pour recommencer. Puis on n'a pas le choix en fait. T'es obligée de te relever. Sauf que parfois, tu te relèves avec une béquille, boittante, fragile, hésitante, épuisée. Demain est un autre jour... ça ira mieux demain tu verras.

C'est aussi parfois se demander si on va y arriver. Plus qu'une mission, un objectif de vie ! Faire de ces enfants, les Hommes de demain. Tu sens la pression là ?

Tout se joue maintenant. Tout est à faire, refaire, construire.

Alors oui pleure. T'as bien le droit petite maman !