Hier matin j'avais rendez-vous au planning pour le contrôle post-op.
J'y allais sereinement. Ma mère voulait même m'accompagner mais je lui ai répondu qu'il ne fallait pas abuser. C'était un rdv gynéco rien de plus. C'est ce que je croyais.
Franchir la porte de cet endroit c'était retrouver les sensations de ce mercredi 30 novembre. Ni plus ni moins.

Revoir le visage bienveillant du médecin qui a pratiqué l'intervention m'a tordu les viscères. Mais j'ai sourit.

Nous sommes montés dans son bureau de consultation. Un autre que la dernière fois. Je me suis assise. Ma voix tremblait déjà. Je tentais de répondre à ses questions en essayant de maîtriser ma voix. Puis elle m'a demandé quelque chose que je redoutais. Comment ça va ? Mon corps m'a trahi. Mes yeux aussi. Les larmes sont arrivées silencieuses, baignant mes joues et mon âme encore fragilisée.

Mon dossier était ouvert. les échographies retournées étaient épinglées à l'intérieur. Déchirure supplémentaire. J'aurai voulu les voir. Et puis non en fait. Mais elles étaient là. Témoin d'une vie brutalement éteinte. Mon homme ne comprend pas pourquoi j'ai choisi cette option si ça me rend si malade. Il ne comprend rien. Décidemment. Il ne comprend vraiment rien. 

Je n'allais pas bien apparemment. Ce médecin m'a dit quelques mots. J'ai retenu surtout que si je n'allais pas mieux dans un mois, qu'il serait bénéfique pour moi de venir en parler. Que ça devait sortir. Que je devais retrouver la paix intérieure.

Elle arrivera surement mais disons que pour l'instant, la vue d'une femme enceinte, le portrait d'un nouveau-né me rappelle systématiquement que moi... j'en ai tué un. Ma mère pense que je me torture l'esprit. Qu'en disant ça de cette façon, je me fait du mal. Elle a sûrement raison. Mais comment occulter que c'était bien une vie en moi ? L'autre jour je suis tombée sur le vieil album des échographies de mes enfants. Je l'ai ouvert sans hésitation. Comme pour me marteler l'esprit et me dire encore une fois, regarde ce que tu as fait disparaître. Il y avait là... un embryon de 8 semaines. Comme toi. On ne distinguait pas de bras ou de jambes c'est vrai. Mais une masse reliée au placenta quand même. Un être vivant en croissance. J'ai refermé le livre des vieux souvenirs. J'ai eu mal.

Les gens ont beau dire que j'ai fait le bon choix... moi je crois que c'est quand même pas facile de se relever après ça. Je sais que je ne vais pas me laisser sombrer. Je sais que je vais encore sourire, profiter de la vie et savourer les bons moments qui se présentent. Mais je n'oublierai pas. Mais comme le médecin me l'a si bien dit... il ne faut pas que ça me bloque et que ça me rende malade chaque jour. Je lui ai dit que cet évènement serait ma cicatrice à vie. Elle m'a répondu que justement, une cicatrice, ça ne fait plus mal au fil du temps. Alors que moi je lui disais regretter mon choix tout en essuyant mes larmes salées de culpabilité.

J'ai dû me déshabiller et m'installer sur la table. Les étriers. Moi. Cette pièce. Des coups de poignards dans mon coeur. J'ai serré les dents. Ma gorge était nouée. J'avais l'impression qu'on allait recommencer ce calvaire. Le bruit de l'aspiration tambourinait dans mes oreilles malgré le silence pesant.

Et puis sa voix. Pour me dire qu'il restait des caillots dans le fond de l'utérus. Comme si ça ne suffisait pas. Je vais devoir revenir pour un deuxième contrôle. Affronter à nouveau cet endroit qui me rappelera toujours ce mercredi 30 novembre au goût amère, triste, horrible et malheureux...